
Mai 2010
Jusqu'à quel point et à quel rythme?
Selon les perspectives maintenant plus optimistes quant à l'économie canadienne pour cette année, qui prévoient une croissance réelle d'environ 3 pour cent en incluant un premier semestre vigoureux, il semble que l'on puisse parier sur de nouvelles hausses de taux d'intérêt cet été. Pour les investisseurs, la question n'est donc plus de savoir quand, mais jusqu'à quel point et à quel rythme la Banque du Canada ira de l'avant.
Un seul argument expliquerait à notre sens une montée en flèche des taux : ils se trouvent actuellement à un bas niveau record, de sorte que nous pourrions assister à plusieurs hausses avant d'en arriver ne serait-ce qu'à des taux effectifs neutres. Il est d'ailleurs probable qu'à un certain point au cours du prochain cycle le taux du financement à un jour se retrouve de nouveau à au moins 4 pour cent. Ce scénario de remontée rapide unidimensionnel est toutefois contrebalancé par un grand nombre de bonnes raisons pour lesquelles la Banque du Canada devrait plutôt (et c'est ce qu'elle fera) adopter un rythme lent pour nous habituer tranquillement aux hausses de taux qui nous attendent.
Premièrement, la Réserve fédérale américaine laissera les taux inchangés durant une « période prolongée » qui pourrait durer jusqu'au début de 2011. Trop élargir l'écart de taux entre le Canada et les États-Unis risquerait de propulser le dollar canadien vers des sommets records, et l'industrie manufacturière en subirait les contrecoups. Et le fait que la Réserve ne soit pas pressée d'agir témoigne peut-être des risques que Bernanke et son équipe considèrent toujours présents dans les perspectives mondiales.
Deuxièmement, le taux de chômage encore élevé, la grande capacité de production inutilisée, ainsi que l'effet modérateur de la vigueur de la monnaie canadienne sur les prix à l'importation, offrent toujours une protection raisonnable contre l'inflation.
Enfin, des forces autres que les hausses de taux d'intérêt contribueront à modérer la croissance et à prévenir une poussée inflationniste. Le resserrement en 2011 de la politique fiscale au Canada et à l'étranger, combiné à la réglementation mondiale plus stricte en matière de capitalisation bancaire et de levier financier, tempérera l'économie l'année prochaine. Le niveau d'endettement record des ménages par rapport à leurs revenus signifiera également que chaque augmentation de taux se répercutera beaucoup plus intensément sur le pouvoir d'achat des Canadiens que dans le passé.
Tous ces facteurs font en sorte que nous n'assisterons pas à une hausse du taux du financement à un jour dépassant les 2,5 pour cent en 2011. Cela demeure nettement plus élevé que le niveau actuel, et lorsque les premières hausses auront lieu, le marché obligataire enregistrera des ventes massives, les vendeurs prévoyant une détérioration de la situation.
Cependant, dans le cas des marchés boursiers, la hausse lente des taux ne devrait pas s'avérer problématique. L'histoire montre que dans la grande majorité des cas, les actions génèrent un rendement convenable dans les six premiers mois après que la Banque du Canada commence à relever les taux, étant renforcées par la croissance connexe des bénéfices au cours de cette étape du cycle.
Par Avery Shenfeld, directeur général et économiste principal, Marchés mondiaux CIBC Inc.
Le 10 mai 2010
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