
Avril 2009
Qu'est-ce qu'il reste à faire?
Le gâchis financier mondial s’est avéré être bien pire que ce que la plupart d’entre nous pensions au début. Même s’il a commencé avec les prêts hypothécaires à risque des États-Unis, il s’est propagé à un rythme dévastateur sur la valeur des actifs et les richesses à l’échelle mondiale et a secoué les fondements du système financier, particulièrement aux États-Unis et en Europe. Il n’y a pratiquement aucune région dans l’économie mondiale qui n’ait pas été touchée, et l’ampleur de cette secousse, en ce qui concerne le déclin des richesses et la chute initiale des données industrielles mondiales, semble être la pire depuis la Crise de 1929.
Par conséquent, bien que cette crise mérite tous les superlatifs qui lui sont attribués, il en est de même de l’intervention politique. Nous n’avons jamais vu auparavant de telles baisses des taux d’intérêt à l’échelle mondiale. Par ailleurs, aux États-Unis, la prochaine vague de stimulants budgétaires est également sans précédent pour ce qui est de la relance en temps de paix des dépenses du gouvernement, équivalentes à 5,5 pour cent du PIB américain. Le déclenchement de ces mesures constitue une étape importante vers une reprise de la croissance et l’évitement d’une autre dépression. Mais pour ramener la croissance en Amérique du Nord à un rythme qui fera baisser le taux de chômage et monter les gains en flèche, il y a encore du travail à faire.
L’expérience du Japon dans les années 1990 démontre la nécessité d’avoir un système bancaire sain qui pourra financer la croissance une fois qu’elle sera en marche. Le plan du Trésor américain qui consiste à faire le ménage sur Wall Street en achetant des prêts et des actifs « légués » fonctionnera seulement si les soumissionnaires sont prêts à payer plus que la valeur accordée par la banque à ces actifs. Compte tenu de toutes les incertitudes qui entourent leur rendement, y compris la possibilité que des juges réécrivent les conditions des hypothèques sous-jacentes, même un système de soumission alimenté par des leviers au rabais sans recours, par le biais duquel les contribuables prennent le plus grand risque en cas de baisse, pourrait ne pas être suffisant. Nous pourrions finir par avoir besoin d’une approche plus directe pour recapitaliser le système bancaire aux États-Unis, et l’Europe semble être dans la même situation.
Les stimulants budgétaires et monétaires à l’extérieur des États-Unis semblent encore trop fades pour faire le travail. Au Canada, le budget du ministre des Finances, M. Flaherty, relance la croissance du PIB d’environ un pour cent au cours de chacune des deux prochaines années. Il promet de faire plus, au besoin, et c’est possiblement ce que nous devrons voir dans le budget de 2010 qui sera établi en fonction d’un taux de chômage de l’ordre de neuf pour cent au cours de cette période. Le gouverneur de la Banque du Canada, M. Carney, étudie les approches d’assouplissement quantitatif ou du crédit pour étendre les baisses des taux du financement à un jour à d’autres conditions et crédits, et il devra possiblement faire ce plongeon également. Il y a un écart encore plus grand entre la politique requise et l’intervention qui a été faite à ce jour dans la zone euro, depuis les stimulants budgétaires à l’assouplissement monétaire et au soutien bancaire. L’impression d’argent dans le monde entier favoriserait une reflation qui réduirait la véritable valeur de l’énorme dette mondiale et pourrait finalement être la seule planche de salut.
Par conséquent, les actions sont susceptibles de subir des fluctuations arythmiques vers une récupération des pertes de l’année dernière au cours du prochain ou des deux prochains trimestres. Au moins jusqu’à l’automne, il y aura de fréquents rappels de la morosité économique, car à mesure que le taux de chômage augmente, les prix des maisons chutent (et le Canada n’y échappera pas) et les gains du TSX culbuteront avec une baisse annuelle de 25 pour cent. Ceci étant dit, nous espérons que les décideurs suivront le reste des étapes nécessaires en vue d’une reprise, et à une remontée abrupte des actions canadiennes d’ici la fin de 2010.
Le 25 mars 2009
Par Avery Shenfeld, directeur général et économiste en chef, CIBC
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