
Juillet 2008
Pourquoi le dollar canadien n'a-t-il pas réagi aux prix records du pétrole brut?
Depuis le 1er janvier 2008, les prix forts des marchandises ont entraîné une hausse de 7,5 pour cent du dollar australien par rapport au dollar américain, alors que la pétro-devise norvégienne, la couronne, a connu une hausse semblable de 7,4 pour cent par rapport au billet vert. Au cours de la même période, malgré un bon de presque 30 pour cent des prix du pétrole brut léger, le dollar canadien a perdu du terrain par rapport au dollar américain – en baisse de près de un pour cent au cours des quatre premiers mois de 2008 – ce qui représente une baisse de plus de 10 pour cent par rapport à son point fort de novembre dernier.
La géographie a un rôle à jouer dans le piètre rendement du huard au cours des derniers mois; les exportations australiennes sont principalement liées aux marchés asiatiques et la majorité des exportations norvégiennes sont acheminées aux nations européennes. Ces deux régions sont perçues comme étant plus robustes que les États-Unis, la destination finale de la majorité des exportations du Canada. Cependant, la géographie n’est pas le seul facteur à la base du manque de réaction de notre monnaie nationale devant les prix de l’énergie en effervescence. Il y a deux autres importants facteurs qui ont nui au huard; un volume de fusions et d’acquisitions plutôt neutre en ce qui concerne les devises jusqu’à présent en 2008 et l’affaiblissement des différentiels de taux d’intérêt.
Volume de F et A : positif pour le dollar canadien en 2007, mais neutre en 2008
De tous les marchés transfrontaliers conclus en 2007, aucun n’a été aussi important que l’acquisition d’Alcan par Rio Tinto au prix de 38,1 milliards de dollars américains. Ce marché a suscité l’attention de la communauté spéculative, à la fois en raison de sa taille et du fait que tous les actionnaires ont été payés en dollars américains (augmentant la possibilité d’importants volumes de conversion). Les achats spéculatifs nets contre le dollar canadien, tels que mesurés par la position non commerciale sur la Chicago Mercantile Exchange (CME), ont entraîné des sommets records d’achats spéculatifs en faveur du dollar canadien. Étant donné que les contrats à terme sur le dollar canadien ont commencé à se négocier en 1972, ce déplacement du record net de ventes par rapport au record net d’achats du dollar canadien dans un délai de neuf mois a été relativement étonnant et représente une hausse massive de 15,7 milliards de dollars américains des spéculations à l’égard du huard.
Les rendements nationaux en baisse réduisent l’attrait du dollar canadien pour les spéculateurs
Par conséquent, bien que le huard maintienne son statut de « pétro-devise », les spéculateurs considèrent actuellement que la couronne norvégienne est la meilleure devise pour illustrer l’image de la hausse du prix du pétrole brut. Non seulement, le rendement de 5,5 pour cent de la Norvège est-il plus attrayant, mais en plus, la Norvège conserve un surplus de compte courant beaucoup plus important (un paramètre important lorsque l’aversion au risque augmente) et une base d’exportation beaucoup plus robuste.
Les récentes données du CME (pour la période de rapport terminée le 6 mai) confirment l’importance du rendement pour les spéculateurs, les deux plus importantes devises positives étant le dollar australien et le peso mexicain (l’Australie a un taux de référence de 7,25 pour cent, alors que le Mexique a un taux de référence de 7,5 pour cent). Ces deux devises sont perçues comme devant servir le jeu des commodités, et le fait que des spéculations positives sur le peso mexicain s’approchent d’un sommet en deux ans indique que la géographie à elle seule n’explique pas le manque d’appétit des investisseurs pour le dollar canadien. Étant donné que le Mexique a des liens encore plus solides en matière de commerce avec les États-Unis, il est clair que les investisseurs acceptent de voir au-delà de la géographie s’ils sont suffisamment rémunérés (en ce qui concerne le rendement).
Bien que l’inflation au Canada montre des signes à la hausse, la question sera plus pertinente en 2009. Entre temps, la supériorité du dollar canadien par rapport à la parité dépendra de l’appétit renouvelé des investisseurs étrangers pour les biens en ressources intérieures – une condition qui attirera certainement l’attention des spéculateurs sur le huard encore une fois.
Le 20 juin 2008
Par Shane Enright, stratège en devises, Marchés mondiaux CIBC
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